Fêtes & Sainte Famille
La fuite en Égypte de la Sainte Famille
Η ΦΥΓΗ ΕΙΣ ΑΙΓΥΠΤΟΝ
- Technique
- Tempera à l'œuf et feuille d'or sur bois
- Dimensions
- 18 × 24 cm
- Statut
- Réalisée · collection privée
Le choix de cette icône
En parcourant l’ouvrage Écrire une icône de René Léaustic, j’ai découvert une représentation de la fuite en Égypte par Ishaq Fanous, dans la tradition copte. La vivacité de ses couleurs et la simplicité de ses formes, empreintes d’une certaine naïveté, m’ont immédiatement séduite et donné envie d’en écrire ma propre version.
À propos de cette icône
La fuite en Égypte est racontée dans l’Évangile selon saint Matthieu (2, 13–15). Averti en songe qu’Hérode menace l’Enfant, Joseph emmène Jésus et Marie se réfugier en Égypte. Ce voyage occupe une place particulière dans le christianisme copte, la tradition chrétienne d’Égypte, qui conserve avec ferveur la mémoire du passage de la Sainte Famille sur sa terre.
Au centre, Marie tient l’Enfant emmailloté, assise sur un âne. Son étreinte protectrice souligne la vulnérabilité de Dieu fait homme. Joseph marche à leurs côtés, portant un baluchon : sa présence évoque la vigilance, la responsabilité et la confiance au milieu de l’incertitude. Le départ de cette famille invite aussi à la compassion envers ceux qui doivent quitter leur maison pour chercher refuge.
L’ange qui les accompagne rend visible la protection divine. Il rappelle la guidance céleste reçue par Joseph dans l’Évangile, sans illustrer simplement l’instant de son rêve. Les auréoles dorées désignent les personnages saints, et la croix inscrite dans celle de l’Enfant rappelle son identité : il est le Christ, jusque dans la fragilité du tout-petit.
Les palmiers, les oiseaux et la végétation aux motifs abondants donnent au chemin l’aspect d’un paysage vivant et accueillant. Les palmiers situent la scène dans un environnement égyptien et peuvent aussi suggérer l’abri et la vie. Les oiseaux apportent une impression de liberté et de paix. Ces éléments permettent à l’image de réunir le danger de l’exil et l’espérance d’une terre de refuge.
En bas, la bande bleue peuplée de poissons et de plantes aquatiques évoque le Nil et la fécondité de ses eaux. Dans une lecture chrétienne, l’eau peut également rappeler le baptême, et les poissons évoquer le Christ et ceux qui le suivent. Il s’agit de résonances symboliques possibles, plutôt que d’une explication fixe de chaque poisson ou de leur nombre.
L’image s’inscrit dans une sensibilité copte par ses personnages aux contours affirmés, leurs grands yeux expressifs, les formes simplifiées et le rythme des motifs décoratifs. L’espace s’organise en bandes superposées plutôt que selon une perspective naturaliste unique. Les visages restent ouverts vers celui qui contemple, faisant du récit sacré une invitation à la prière. Ces caractéristiques se retrouvent notamment dans l’iconographie copte moderne, qui renouvelle les traditions chrétiennes anciennes de l’Égypte.
Le fond jaune ocré réchauffe et unifie la scène, tandis que les bleus du voile de Marie, de l’âne et du fleuve répondent aux rouges et aux orangés des vêtements et du sol. Les palmiers verts encadrent les personnages comme une voûte. Ces couleurs donnent au voyage d’une famille menacée une chaleur inattendue : l’icône invite à faire confiance à la présence de Dieu sur le chemin, jusque dans l’exil et l’incertitude.